Communiqué - d.c.a aux côtés du Jeu de Paume / 20 juin 2013

 

L'association française de développement des centres d'art / d.c.a tient à manifester son soutien et sa solidarité à ses collègues du Jeu de Paume qui font face à des accusations outrancières et des pressions scandaleuses depuis plusieurs jours. 

 

En effet, de nombreux messages de protestation dont certains d’une rare violence ont été reçus par l’institution à propos de la série photographique Death présentée dans le cadre de l’exposition Foyer Fantôme de l’artiste palestinienne Ahlam Shibli, qui a fait par ailleurs l’objet de nombreuses expositions dans le monde entier. Ce corpus documentaire figure des habitants de Naplouse en Cisjordanie. Dans les intérieurs, dans l’espace public, Ahlam Shibli documente la présence de photographies de défunts considérés comme des « martyrs », notamment par les membres de leur famille. 

Il s’agit là d’une série à travers laquelle l’artiste ne se livre aucunement à l’apologie du terrorisme qui lui est reprochée. Au contraire, en témoin de son temps, Ahlam Shibli lève le voile sur une réalité quotidienne de ces régions troublées. Elle apporte ainsi son éclairage critique à un conflit complexe qu’on ne saurait traiter avec le manichéisme des attaques dont fait l’objet l’exposition. 

 

Nous condamnons fermement ces protestations dont les fondements semblent être la décontextualisation des œuvres et de leurs titres, et la confusion entre l’enregistrement, la représentation et la valeur parfois iconique des images photographiques. Elles portent dangereusement atteinte à la liberté d’expression autant qu’aux fondamentaux de l’art que sont notamment la mise en perspective critique et esthétique du monde contemporain. Nous déplorons que la controverse intervienne dans un climat hexagonal particulièrement violent depuis plusieurs mois, climat dans lequel peurs, haines et positions extrêmes s’exacerbent. 

Il est intolérable, dans une démocratie comme la nôtre, que l’artiste invitée, la directrice du Jeu de Paume Marta Gili et ses équipes mobilisées au service de tous les publics aient à craindre pour leur sécurité. Il est inconcevable que l’autorité critique et les positionnements artistiques de la directrice soient unilatéralement remis en cause.

 

Le Jeu de Paume est internationalement reconnu comme une institution de référence, engagée dans le champ de l’art et de la création, porteuse des valeurs citoyennes de respect de l’altérité et de liberté d’expression. L’institution, à l’instar de tous les Centres d’art contemporain français, constitue une plateforme de dialogue entre productions artistiques et publiques. Ses missions de production, de création, de médiation et de diffusion sont envisagées comme autant d'espaces collectifs de production de sens au sein desquels artistes et visiteurs participent activement à une discussion sur ce qui anime, construit et motive notre rapport à l'art contemporain et au monde. Le débat, l’échange, la valorisation de l’expression de chacun sont inscrits dans l’ADN des Centres d’art. Ces valeurs sont les nôtres. Elles sont le socle de notre vivre-ensemble et il est de la responsabilité de tous de les revendiquer et de les affirmer.

 

Nous demandons aujourd’hui à l'Etat de condamner avec une extrême fermeté les attaques et les menaces dont le Jeu de Paume fait l'objet pour faire respecter le droit et assurer la sécurité des équipes et des visiteurs. 

 

Nous demandons à la Ministre de la Culture et de la Communication de réaffirmer son soutien à l'institution dans cette épreuve comme son attachement profond à une libre expression artistique dans ce pays.

 

 

20 juin 2013