Les centres d’art contemporain au centre de la création contemporaine depuis plus de 20 ans

A la différence des musées d’art contemporain et des Frac – Fonds régionaux d’art contemporain, les centres d’art contemporain se définissent comme le « lieu de l’artiste », dédié à la production d’œuvres et d’expositions, sans volonté de constituer de collections. Chacun développe cette mission avec singularité et selon son identité, en ancrant son action dans le territoire.

Majoritairement sous statut associatif, certains sont en régie directe régionale, départementale ou municipale, d’autres sont des établissements publics. Les centres d’art contemporain fonctionnent sur des modèles d’économie mixte, avec une part de recettes propres et des subventions publiques des Villes, Départements, Régions et de l’Etat.

Créés pour la plupart dans les années 70 et 80, sous l’impulsion d’individualités militantes et résultant le plus souvent d’expériences alternatives, ces lieux constituent depuis plus de 20 ans de véritables laboratoires d’expérimentations et de médiations artistiques pour les créateurs comme pour les publics.

Les centres d’art contemporain sont au cœur de la création contemporaine et jouent depuis plus de 20 ans un rôle déterminant dans la découverte et la promotion des artistes de notre temps. Ils disposent - avec des moyens différents - d’espaces d’expositions et de documentation, d’équipes pédagogiques, d’ateliers techniques et proposent, se distinguant des musées notamment par l’absence de collection, un cadre entièrement dédié à l’art contemporain. Ils interviennent tant au niveau de la production, de la diffusion, de la promotion que de la formation et de l’accompagement des publics.

Les centres d’art contemporain sont issus d’expériences alternatives conduites dès les années 70
Ces lieux singuliers ont été créés pour la plupart sous l’impulsion d’individualités audacieuses militant pour de nouvelles expériences de l’art et de nouveaux modèles de production et de diffusion. Le projet de Jean-Louis Froment par exemple, qui a abouti à la création du CAPC de Bordeaux, figure parmi les actes initiateurs que l’on peut citer. Ce projet s’articulait autour de quatre propositions qui peuvent être considérées comme fondatrices des centres d’art contemporain : offrir aux artistes un lieu de prise de parole et d’expérimentation, donner au public les clés de lecture essentielles pour appréhender l’art contemporain, relier le centre d’art contemporain aux vibrations de son époque, et instaurer un dialogue entre les différents langages artistiques et culturels. En 1973, la première exposition, au titre plus que symbolique, Regarder ailleurs, préfigurait une activité qui se développa pendant dix ans.
Les années 70 virent en effet une multiplication d’initiatives qui donnèrent naissance aux centres d’art contemporain : en 1977, l’association « Le coin du Miroir » qui deviendra le Consortium à Dijon ; la création du "Nouveau Musée" en 1978 à Lyon-Villeurbanne, centre d'art itinérant dans le Grand Lyon qui deviendra l’Institut d'art contemporain en 1997/98 ; le centre de Meymac en Limousin en 1979 ; le CCC à Tours en 1980…
A partir de 1985, le ministère de la culture donna une impulsion déterminante au développement des centres d’art contemporain en région, soit directement en créant lui-même de nouveaux équipements (la Villa Arson à Nice qui préexistait comme école, le Magasin à Grenoble, le CIRVA à Marseille), soit indirectement, en soutenant des projets émanant de collectivités locales ou d’associations (Centre International d’Art et du Paysage à Vassivière, le Creux de l’Enfer à Thiers, Hérouville Saint Clair en Basse-Normandie, le Grand Café à Saint-Nazaire ou le Crac Languedoc-Roussillon à Sète qui fête cette année ses dix ans…).

En 2002, deux nouvelles structures, parisiennes et d’envergure nationale et internationale, le Plateau et le Palais de Tokyo, se sont ajoutées à ce réseau dont, par ailleurs, l’implantation géographique – majoritairement en zone rurale, ou semi-rurale ou, encore, à la périphérie des villes – confère aux centres d’art contemporain un rôle important en terme d’aménagement du territoire.

Un rôle majeur dans le paysage artistique français
Institutions d’ambition nationale, voire internationale, les centres d’art contemporain ont su s’affirmer et sont devenus des lieux essentiels d’exposition, de création, de diffusion et de formation.
Certains ont une spécificité propre : le cneai= de Chatou est dédié aux arts imprimés, le Cirva à Marseille est voué à la recherche sur le verre, ou encore le Centre International d’Art et du Paysage de l’île de Vassivière qui est dédié à l’art et aux paysages, sans oublier les centres orientés vers la photographie (CPIF de Pontault-Combault, Centre d'art et photographie de Lectoure…) ou la vidéo (Espace Croisé à Roubaix). Cette spécialisation de certains par domaine – photographie, estampe, verre, design et livres d’artistes – a permis de diversifier les propositions en matière de pédagogie de la création.
Les centres d’art contemporain ont ainsi créé des espaces conviviaux, lieux de médiation, afin d’élargir le public de l’art contemporain. Ils jouent un rôle majeur dans le paysage artistique français.

Rappelons en outre que la plupart des grandes recherches artistiques ont été accompagnées par les centres d’art contemporain : on y a en effet découvert des artistes français et étrangers aujourd’hui reconnus internationalement, un très grand nombre de pièces majeures présentes dans les musées ou dans les manifestations d’envergure ont été produites par les centres d’art contemporain, de nombreuses contributions critiques y ont été publiées, beaucoup d’artistes français ont été intégrés dans les réseaux internationaux de résidences et d’expositions par le relais des centres d’art…

Certains centres ont redéfini, au cours des dernières années, leur projet artistique et culturel (comme le Centre International d’Art et du Paysage de l’île de Vassivière) ou continuent de l'intégrer dans un projet plus vaste. D’autres ont élaboré des projets de rénovation ou de réaménagement comme le centre d'art contemporaine de la synagogue de Delme en Lorraine ; ou encore des projets d’extension comme le centre d’art d’Hérouville Saint Clair en Basse-Normandie.

Lieu du projet de l’artiste, avec des missions liées à la création actuelle
Dès leur origine, les centres d’art contemporain ont voulu offrir aux artistes vivants la possibilité de produire des œuvres.
Laboratoire émetteur d’idées, d’utopies et de formes inédites, lieu de rencontre avec l’artiste, initiant débats et échanges sur les mutations de notre société, le centre d’art reste avant tout le lieu du projet de l’artiste.

Les centres développent une large palette d’activités. Ainsi, tous (sauf le lieu dédié uniquement à la production d’œuvres le CIRVA) réalisent en moyenne 5 expositions par an. La très grande majorité réalise des éditions et de la production d’œuvres. Plus de 50 % (25) ont des résidences d’artistes.

Recherche d’une relation privilégiée avec les publics
La fonction de médiation est très développée dans l’ensemble des centres d’art contemporain : initiation à l’art contemporain, travail d’information des enseignants, développement de la formation et évaluation des actions... L’effort de diversification des formations est important ainsi que les ouvertures en direction de partenaires (universités, collectivités…).

L’action en faveur des publics scolaires est ainsi un axe de travail très fort que réalisent tous les centres en développant un ensemble de services et de programmes spécifiques très variés. Ils y allouent des moyens importants puisque deux emplois en moyenne sont consacrés à la médiation. Une pédagogie de proximité permet souvent de placer le visiteur, enfant et adulte, au plus près de la pensée de l’artiste, de sa vision du monde.

En 2005, plus de 900 000 visiteurs ont découvert les expositions et les événements organisés par une quarantaine de centres d’art. Cette estimation dépasse aujourd’hui le million de visiteurs par an. Mais au-delà des chiffres de fréquentation, l’enjeu des centres d’art contemporain se situe prioritairement dans la construction d’une relation privilégiée avec leurs publics pour que la création contemporaine soit toujours plus accessible. Une étude (BVA/ Beaux-arts magazine) soulignait encore récemment cet enjeu : 67% des français se disant intéressés par l’art contemporain, mais 66% avouant leur difficulté à le comprendre.

Une reconnaissance par les pouvoirs publics
L’appellation « centre d’art contemporain » n’étant pas un label, de nombreux lieux la revendiquent aujourd’hui. Cependant, une cinquantaine bénéficient d’une pleine reconnaissance par les pouvoirs publics (Etat et collectivités territoriales) à travers l’octroi renouvelé de subventions de fonctionnement.

Les centres d’art sont souvent de petites structures, majoritairement sous statut associatif et dont les ressources sont composées en moyenne en 2006 à 87 % par des subventions publiques et 25 % des effectifs salariés constitués d’emplois aidés.

En 2006, sur le budget global de 51 centres (hors Palais de Tokyo et Jeu de Paume), la part de l’Etat représente 32,89%, celle des Régions 22,21%, celle des Départements 11,51%, les municipalités 20,38% et les ressources propres des centres 12,98%. La part des fonds européens restant très faible 0,04%.

En ce sens, le réseau des centres d’art contemporain peut être considéré comme un exemple de décentralisation culturelle réussi, fondé sur des dialogues et des partenariats enrichissants entre l’initiative associative, l’état et les collectivités territoriales.

Un réseau unique en Europe
Chacun avec leurs spécificités aussi bien historiques, qu’artistiques et structurelles, les centres d’art contemporain constituent un réseau unique, d’une grande richesse.
La comparaison avec la situation de structures analogues ou assimilables au concept de centre d’art contemporain, dans de nombreux pays étrangers montre qu’il n’y a pas - en dehors du système des Kunstvereine en Allemagne – de réseau de structures dédiées à l’art contemporain qui propose une palette aussi variée d’activités et d’actions.


Synthèse réalisée à partir de l’étude « Un panorama des centres d’art ». Janvier 2006, réalisée pour d.c.a par le Groupe d’études et de recherches sur les organisations culturelles Master 2 – Management des organisations culturelles