A-Z

Date affichée
Du 12 mars au 22 mai 2022

A-Z

Centre Régional d'Art Contemporain Occitanie / Pyrénées-Méditerranée

Visuel
RSV4, 2020. Moto, acier, 2 parties : Avant : 117 x 112 x 77 cm ; Arrière : 100 x 103 x 57 cm © Alexandra Bircken. Courtesy de l’artiste, BQ, Berlin et Herald St, Londres. Photo : Roman März.
RSV4, 2020. Moto, acier, 2 parties : Avant : 117 x 112 x 77 cm ; Arrière : 100 x 103 x 57 cm © Alexandra Bircken. Courtesy de l’artiste, BQ, Berlin et Herald St, Londres. Photo : Roman März.

Le corps et ses différentes enveloppes sont au cœur de la pratique sculpturale et textile d’Alexandra Bircken. Parallèlement à ses œuvres textiles où les gestes de couture, de déchirure, de tricotage, de nouage et d’assemblage prédominent, Alexandra Bircken produit des sculptures à partir d’objets tels que des motos ou des pièces de mécanique : celles-ci sont sectionnées, coupées et recomposées pour mieux mettre à nu des objets souvent associés à la masculinité toute puissante. L’artiste questionne également le rapport des corps aux machines, le pouvoir qu’elles donnent à l’humain tout autant que la vulnérabilité dans laquelle elles le placent.

Conçue en étroite collaboration avec le Museum Brandhorst à Munich et sa commissaire Monika Bayer-Wermuth, l’exposition A–Z se présente comme un répertoire rassemblant plus d’une soixantaine d’œuvres, selon des affinités formelles et thématiques. Depuis plus de 20 ans, certains gestes et motifs réapparaissent régulièrement dans le travail d’Alexandra Bircken et l’exposition permet de déployer des fils qui se déroulent depuis le début des années 2000.

La question du corps, dans ce qu’il a de plus fragile et vulnérable, est au cœur de la pratique d’Alexandra Bircken. Ses sculptures sont l’objet d’incises, d’entailles et de coupures de même qu’elles sont réparées, augmentées et transformées par d’autres gestes comme la couture, la suture et l’ajout de prothèses. L’artiste mêle parfois intimement des éléments organiques et naturels à des objets industriels : des cheveux sont greffés sur des vêtements, des branches d’arbres sont habillées de tricots. Ces associations d’éléments hétérogènes produisent des objets surréalistes et étranges, familiers et aliens, comme à la croisée de plusieurs mondes.

Alexandra Bircken procède à une véritable autopsie des objets tels que des motos, des armes à feu, des jouets pour enfant, autant d’extensions machiniques de nos corps, qui sont sciés en deux et offrent à la vue leurs entrailles. Elle reconnait avoir toujours voulu comprendre ce qu’il y avait à l’intérieur, pour savoir « comment ça marche ». En éventrant des objets aussi puissants que des motos ou des armes à feu, l’artiste les anéantit, tout en les rechargeant d’une nouvelle fonction symbolique. S’il est question de blessures et d’invalidité dans le travail d’Alexandra Bircken, celle-ci suggère tout autant des formes de réparations possibles. Les trous, les vides, les discontinuités, les prothèses ou les dislocations permettent à de nouveaux sens d’advenir et de nouvelles façons d’envisager nos corps dans leurs liens avec les autres et le monde extérieur.

C’est dans cette perspective que s’inscrit l’intérêt de l’artiste pour les différentes enveloppes du corps telles que la peau, le vêtement, l’architecture, autant de membranes entre intérieur et extérieur, d’interfaces qui protègent ou contraignent, relient ou séparent, qui déterminent notre regard sur l’extérieur et la manière dont nous sommes perçus. Le tissu, le cuir, le nylon, ou le tricot que l’on retrouve dans de nombreuses œuvres agissent comme autant de membranes. Les combinaisons de motard en cuir usagés, présentées ouvertes et accrochées au mur, sont faites de peau animale et l’artiste aime rappeler à leur sujet que la meilleure façon de se protéger des accidents semble être de se recouvrir de la peau d’un autre animal.

Alexandra Bircken a toujours été fascinée par la capacité des vêtements à nous transformer et changer notre apparence, par la manière dont il est possible de jouer et de performer des genres. Cette approche de l’identité radicalement fluide, mutante et sans hiérarchie est au coeur de sa pratique. Alexandra Bircken mêle intimement des objets ou des techniques traditionnellement associés au monde féminin (tricot, cheveux, couture…) et d’autres que l’imaginaire dominant associerait davantage au masculin (sculptures en bronze, objets monumentaux et érectiles, combinaisons de moto, leviers de vitesse…). Pour autant il apparaît vite à quel point ces assignations de genre à un thème, un motif, une technique sont inopérants. L’artiste déjoue les catégories établies et les dualismes. Ainsi le dur et le mou, l’intérieur et l’extérieur, le lourd ou le léger fusionnent par chevauchement, enchevêtrement et mutation dans une sorte de mécanique des fluides qui fait du lieu d’exposition lui-même un organisme dont chaque œuvre serait une composante. Les œuvres elles-mêmes sont autant de corps dans lesquels fusionnent le naturel et l’artificiel, un ensemble d’organes tenus entre eux par des fils, des nœuds, des connexions, des synapses, des nerfs ou des boyaux.

L’œuvre de 2017 intitulée L’origine du monde consiste en une boite en verre qui contient un placenta dans un liquide de conservation. Il s’agit du placenta que l’artiste a conservé suite à la naissance de sa fille en 2011. Cette œuvre condense à elle seule nombre de thèmes présents dans le travail d’Alexandra Bircken : la peau, le tissu, le fil, l’enveloppe, l’abri, le rapport entre extérieur et intérieur, le corps de la femme comme lieu ultime de production et de création. Le placenta s’impose comme l’espace de l’enchevêtrement par excellence, de l’interconnexion, de la production de liens et de relations, de la coexistence d’entités différentes mais respectueuses l’une de l’autre, dans la plus profonde intimité.

Marie Cozette

Vernissage le vendredi 11 mars 2022 - 18h30

Centre Régional d'Art Contemporain Occitanie / Pyrénnées-Méditerrané
26 Quai Aspirant Herber
34200 Sète

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